Ravage prend place dans une métropole américaine crasseuse et indéfinissable, quelque part entre Chicago, Detroit et Gotham City. Ce flou géographique est volontaire, même si on doute que la production ait vraiment cherché à ancrer le récit dans une ville réelle. Bien que l’histoire se déroule aux États-Unis, le film a en réalité été tourné au Pays de Galles, patrie du scénariste-réalisateur Gareth Evans.
Tom Hardy incarne Walker, un détective corrompu, avec une variation nasillarde de l’accent qu’il avait déjà exploré dans Capone. Le résultat est une voix difficile à situer géographiquement, mais qui colle bien à l’ambiance irréelle du film. À cela s’ajoute une forte présence de personnages issus de la Triade parlant cantonais, dirigés par une matriarche impitoyable (Yeo Yann Yann), simplement appelée "la mère de Tsui", venue venger la mort de son fils.
L’idée d’un lieu fictif mêlant les influences de l’action hongkongaise des années 90 à l’univers stylisé de Michael Mann peut sembler séduisante. Mais à l’écran, cette ville évoque davantage un niveau de Grand Theft Auto qu’un monde vivant et crédible. On a l’impression que les personnages se contentent de bondir d’un décor à un autre comme dans un jeu vidéo.
Gareth Evans et Son Héritage Vidéoludique
Ce parallèle avec le jeu vidéo n’est pas un hasard. Depuis The Raid (2011), sa percée internationale, Gareth Evans a souvent structuré ses récits comme des jeux d’action. The Raid suivait un jeune flic (Iko Uwais) gravissant les étages d’un immeuble contrôlé par un gang, un concept simple mais terriblement efficace.
Même sa série Gangs of London, lancée en 2020, adaptait un jeu vidéo de 2006. Mais dans Ravage, cette influence vidéoludique se retourne contre lui : le film est trop chargé, trop brouillon. On y trouve un groupe de flics véreux mené par un Timothy Olyphant qui cabotine à peine, un gang de braqueurs amateurs dirigé par Charlie (Justin Cornwell), fils du maire Lawrence Beaumont (Forest Whitaker), qui semble perdu dans son propre rôle.
Une Galerie de Personnages Trop Nombreuse
Du côté des Triades, Sunny Pang joue Ching, prêt à trahir pour gravir les échelons, pendant que Michelle Waterson brille dans le rôle d’une exécutrice silencieuse et redoutable. Jessie Mei Li incarne Ellie, une jeune flic idéaliste embarquée malgré elle dans une nuit infernale avec Walker.
Mais parmi tous ces personnages, seul Walker bénéficie d’un vrai développement. Tom Hardy lui prête une intensité tragique qui rappelle son rôle dans Locke (2013). Malheureusement, le personnage reste une collection de clichés : divorcé, aigri, père maladroit, rongé par des secrets. Yeo Yann Yann, quant à elle, parvient à imposer sa présence avec peu de dialogues, grâce à un jeu tout en retenue.
En revanche, le duo central de jeunes amoureux — Charlie et Mia (Quelin Sepulveda) — ne suscite guère l’empathie. Le scénario attend de nous que l’on s’attache à eux, mais leurs décisions irréfléchies et leur traitement trop superficiel les rendent difficilement défendables.
Des Séquences d’Action Spectaculaires, Mais un Film Sans Âme
Evans reste un maître dans la mise en scène de l’action. Les meilleures scènes de Ravage se déroulent dans un club nocturne électrisant et dans une cabane au bord d’un lac, où les différents clans s’affrontent dans une pluie de balles. Certaines images marquent les esprits : l’attaque d’une voiture dans un embouteillage ou une course-poursuite d’ouverture filmée avec une caméra virevoltante digne d’un jeu vidéo immersif.
Mais malgré ces moments forts, Ravage donne une impression persistante de vide. Le film est alambiqué sans être complexe, frénétique sans être captivant. Gareth Evans a réuni un casting solide et multiplié les idées, mais le tout manque cruellement de cohérence et surtout… de cœur.
Conclusion : Un Buffet Trop Garni
Ravage ressemble à une assiette trop remplie au buffet : il y a plein d’ingrédients qu’on aime, mais l’ensemble ne donne pas envie. Entre ambition esthétique et narration confuse, le film laisse sur sa faim, comme un projet trop conscient de ses références, mais incapable de leur insuffler une âme.








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