La première liste de Sofia Coppola en 2017 : un choix éclectique
La première fois — en 2017 — la liste établie par Sofia Coppola s’est démarquée parmi les choix souvent éclectiques et surprenants des réalisateurs. Elle y incluait des favoris art et essais comme Force Majeure de Ruben Östlund, Sous la peau de Jonathan Glazer, ou encore Ensemble de Lukas Moodysson. Mais elle surprenait aussi avec des choix plus inattendus, notamment la comédie Daddy’s Home (2015), avec Mark Wahlberg, un film parfois qualifié d’obscène sur un beau-père au caractère doux (incarné par Will Ferrell) qui doit affronter l’ex-mari dans une « guerre des pères ». « Le seul film que mes enfants et moi aimons tous ensemble ! » écrivait alors Coppola, une remarque qui gagne en humour aujourd’hui.
L’intérêt des listes : un reflet des goûts personnels
Coppola et "Daddy’s Home" font partie de ce qui rend ces listes fascinantes — les listes du New York Times, de Sight & Sound, ou encore les sélections du Criterion Collection — qui, bien que nombreuses, sont toujours captivantes. Ce ne sont pas des classements arbitraires finaux, mais plutôt des instantanés reflétant des goûts personnels.
La nouvelle liste expansive du New York Times, « 100 meilleurs films du siècle jusqu’à présent », met en avant une diversité de choix, allant de Tout, partout, tout à la fois à L’Arbre de la vie, bien que certains choix traduisent un biais de récence.
Nous pouvons débattre des critères précis, mais au fond, ce sont des bulletins de vote individuels. Ces listes signifient surtout que les célébrités et artistes ont des goûts qui nous ressemblent, et nous voulons savoir ce qu’ils regardent et pourquoi.
La richesse des bulletins de vote individuels
Plutôt que de présenter seulement six réalisateurs comme en 2017, cette fois-ci le New York Times propose des dizaines de bulletins de vote, pour analyser, rire, et admirer.
Par exemple, que signifie-t-il que l’auteur de romans policiers Dennis Lehane, dont plusieurs livres ont été adaptés au cinéma (Mystic River, Shutter Island), ait inclus À l’envers dans sa liste ? Je n’en suis pas certain, mais cela semble porter un sens.
Ce qui est particulièrement amusant dans ces bulletins, c’est une sorte de métadonnée : quelles célébrités incluent leurs propres films ? Chiwetel Ejiofor (12 Years a Slave), Rachel Zegler (West Side Story), et Vicky Krieps (Phantom Thread). Certains contourneront cette logique en incluant les films de proches, comme Céline Song qui a listé le film de son mari Beau Is Afraid ou Gia Coppola qui a choisi The Virgin Suicides de sa sœur Sofia.
L’affection pour les classiques Pixar et les films d’animation
Malgré une sortie récente moins marquante, les films Pixar des années 2000 conservent une grande affection : le directeur de la photographie oscarisé pour Up le place en tête, Arian Moayed de Succession inclut Toy Story 3, et Tony Hale (Forky dans Toy Story 4) met À l’envers dans sa liste. Pourtant, aucun film d’animation ne dégage la même puissance que Fougueux, qui semble prêt à figurer dans le top 10 global, et qui est sélectionné par Bryce Dallas Howard, Molly Ringwald, et John Turturro.
Des tendances et biais dans les listes
Malgré cette diversité, certains modèles apparaissent : la liste reflète un biais hollywoodien marqué, même si les œuvres de Bong Joon Ho, Park Chan-wook et Alejandro González Iñárritu sont largement représentées. On retrouve beaucoup de classiques intemporels — The Social Network, There Will Be Blood, Mad Max: Fury Road — mais aussi des choix inattendus, comme l’affection de June Squibb pour Small Town Letters ou la sélection de Naomie Harris d’un petit film appelé Emilia Pérez.
Parmi les listes les plus cinéphiles, on note celle de Will Sharpe, qui privilégie majoritairement des films non anglophones, et celle de Lesley Manville, qui fait des clins d’œil à ses anciens réalisateurs favoris comme Paul Thomas Anderson et Luca Guadagnino.
La liste la plus surprenante : Nicholas Sparks
La liste la plus chaotique revient à Nicholas Sparks, l’auteur sentimental dont les romans ont souvent été adaptés au cinéma dans les années 2000. Sa sélection inclut des films critiqués comme Avatar et Bohemian Rhapsody, des classiques de dortoir comme The Dark Knight et Creation, ainsi que les deux Madagascar 3 et Toy Story 3. C’est une liste divertissante venant d’un auteur dont les histoires visent à émouvoir les jeunes — un bulletin voté avec le cœur, plus qu’avec la raison.
L’importance du reflet personnel dans les listes individuelles
Ce qui rend une liste individuelle intéressante, c’est la façon dont elle projette — ou perpétue — l’image de son auteur, qu’elle soit sérieuse, drôle, astucieuse, ou séduisante, comme celle de Charles Melton avec A Knight’s Tale. Mais c’est aussi passionnant quand certains choix vont à contre-courant de cette image. L’inclusion par Coppola de Daddy’s Home en 2017 semblait décalée, et est devenue emblématique. Peut-être en est-il de même pour le choix de Brian Cox avec Eternal Sunshine of the Spotless Mind.
Le plaisir de créer ses propres listes
Le deuxième jour de la publication de la liste globale du New York Times, les internautes se sont principalement attelés à créer leurs propres listes. Pourquoi ? Parce que le plaisir vient souvent de classer ces mêmes films sous différentes combinaisons pour nourrir les débats en groupe. Choisir entre un film du Studio Ghibli et un Paul Thomas Anderson, alors que le curseur survole le bulletin, n’est jamais simple.
Peut-être que laisser chacun créer ses propres listes est moins une question d’accumulation de culture cinématographique qu’un acte d’empathie envers les célébrités qui osent dévoiler leurs goûts. C’est courageux de montrer ce que l’on regarde et ce que l’on aime.








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